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Israël – Iran : le fossé se creuse entre l’Occident et le reste du monde

Israël – Iran : le fossé se creuse entre l’Occident et le reste du monde

Comme sur les crises d’Ukraine et de Gaza, l’Occident se retrouve isolé du reste du monde dans sa position face aux tensions entre l’Iran et Israël.

Si elles partagent avec le reste de la communauté internationale le souci d’éviter l’escalade et la guerre totale, les grandes capitales occidentales, Washington, Londres, Paris ou Berlin se distinguent pas un énième parti pris flagrant en faveur d’Israël.

Réunis en visioconférence dimanche autour du secrétaire d’État américain Antony Blinken, les ministres des Affaires étrangères du G7 ont condamné « de la façon la plus unanime, et en les termes les plus forts » ce qu’ils ont qualifié d’attaque iranienne, et ont exprimé une « solidarité totale et un soutien à Israël », réaffirmant leur « engagement envers la sécurité » de l’État hébreu.

Au moins trois grands pays occidentaux, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, ont confirmé avoir directement contribué à intercepter une partie des 300 missiles et drones lancés par l’Iran en direction du territoire israélien dans la nuit du samedi 13 au dimanche 14 avril.

Selon Téhéran, son action est venue en riposte au bombardement par l’armée israélienne du consulat d’Iran à Damas (Syrie), le 1ᵉʳ avril, tuant 16 personnes, dont 7 officiers des Gardiens de la révolution iraniens.

Cette lecture des événements apparaît en filigrane dans les réactions des grandes puissances non-occidentales, la Russie et la Chine notamment, et d’une grande partie des États de la planète qui se sont contentés d’appeler à la retenue et à la désescalade sans parler d’ « attaque » iranienne et encore moins la condamner.

L’Occident isolé dans son soutien sans condition à Israël

« Une nouvelle escalade n’est dans l’intérêt de personne », a déclaré le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

De son côté, la Chine, par le biais de son ministère chinois des Affaires étrangères, a appelé « les parties concernées à faire preuve de calme et de retenue afin d’éviter une nouvelle escalade ».

La même position est exprimée chez les alliés arabes de l’Occident. Même l’Arabie Saoudite s’est gardée de condamner la riposte iranienne.

En ne se souciant même plus des formes, l’Occident s’est retrouvé davantage isolé dans son soutien sans condition à Israël. Pour d’autres pays, Téhéran n’a fait que répliquer à un acte hors-la-loi gravissime qu’aucun pays occidental n’a condamné.

C’est ce qu’a souligné le représentant de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU, Vassili Nebenzia, qui a dénoncé une « démonstration honteuse d’hypocrisie et de deux poids, deux mesures » lorsque le Conseil s’apprêtait à discuter de ces tensions entre Israël et l’Iran.

Israël – Iran : à l’ONU, l’Algérie dénonce le « deux poids, deux mesures »

Rappelant que la riposte iranienne n’émane pas du néant, mais constitue bien une réaction au bombardement par Israël du consulat d’Iran à Damas, le diplomate russe a asséné à ses homologues occidentaux que « si c’était une mission occidentale qui avait été attaquée, la situation serait différente ».

Toujours à l’ONU, l’Algérie qui est membre élu du Conseil de sécurité, a rappelé le fond du problème. « Nous avons mis en garde, lors de la session du Conseil de sécurité qui a examiné les attaques de l’occupant israélien contre l’ambassade iranienne à Damas en début de ce mois, contre les dangers de ne pas mettre un terme au comportement de l’occupation et de son arrogance dans la région », a déclaré le vice-représentant permanent de l’Algérie auprès de l’ONU, Nassim Gaouaoui.

Ce dernier a déploré « la politique de deux poids deux mesures, la modulation des règles du droit international et les lectures contradictoires qui y sont données selon les intérêts et les passions, menacent de remettre en cause notre ordre international basé sur la primauté du droit. »

Des voix sages se sont toutefois élevées en Occident pour mettre en garde contre un autre alignement aveugle sur la politique du gouvernement extrémiste d’Israël.

En France, c’est encore l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, qui réclame une position mesurée et équilibrée du gouvernement.

Pour de Villepin, la France doit « pondérer » et « n’a pas à être partie prenante du conflit ». Sur la guerre de Gaza, il était aussi l’un des premiers en France à appeler à plus de fermeté avec Israël pour imposer un cessez-le-feu et la relance du processus de paix.

La montée des tensions entre l’Iran et Israël survient alors que la guerre que mène Israël à Gaza se poursuit depuis six mois, en partie par la faute des mêmes occidentaux qui, par leur soutien inconditionnel au « droit d’Israël à se défendre » exprimé dès les premières heures de l’attaque du 7 octobre, avaient donné un véritable « permis de tuer » au gouvernement de Netanyahou.

En six mois, l’agression israélienne a fait plus de 33.000 morts parmi les civils palestiniens, dont une majorité de femmes et d’enfants. Un bilan qui choque le monde entier, y compris en Occident où les opinions publiques sont fortement divisées sur le soutien à Israël.

Les tensions entre Israël et l’Iran illustrent une nouvelle fois la perte d’influence du camp occidental. La guerre en Ukraine et la guerre à Gaza ont élargi le fossé entre l’Occident et le reste du monde.

Si les pays occidentaux apportent un soutien militaire et politique à l’Ukraine contre la Russie qui est considérée comme l’agresseur, ils adoptent une position opposée dans le conflit israélo-palestinien.

Quand des pays comme le Brésil dénoncent un génocide à Gaza, les capitales occidentales réitèrent le droit d’Israël qui est pourtant la puissance occupante à se défendre, tout en lui fournissant les armes et les munitions nécessaires pour cela.

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