Politique

Arrestations : les témoignages de Drareni et Belabbes, réaction du PT

Vingt-quatre heures après le 117ᵉ acte du Hirak qui s’est déroulé hier vendredi en Algérie, des détails commencent à émerger sur la répression menée par les services de sécurité à l’encontre des manifestants, opposants et même journalistes.

« L’arrestation dont on a été victimes, moi et Atmane Mazouz, est illégale et arbitraire. Alors que nous circulions seulement à deux sur le trottoir, en face de la fac centrale, sept policiers en civil nous encerclent et nous demandent nos papiers pour un contrôle d’identité. Bizarre, d’autant plus qu’un policier m’a interpellé par mon nom tout en précisant qu’ils venaient de recevoir des instructions », relate Mohcine Belabbes, président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), dans une publication sur le réseau social Facebook.

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Poursuivant son témoignage, M. Belabbes explique qu’ « aucun des officiers judiciaires chargés de nous auditionner séparément et par intermittence ne nous a informé des raisons de notre arrestation durant les sept heures de privation de liberté à l’intérieur du commissariat ». Il estime que « cette entorse aux droits procéduraux n’était pas la seule ».

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« Un quart d’heure après notre arrivée au commissariat, des agents nous rejoignent dans la salle d’attente dont un muni d’imprimés nous questionnant sur place sur notre filiation. Depuis, l’embarras se lisait sur le visage de plusieurs d’entre les agents présents sur place des suites de ce qui paraissait comme ordre et contre ordre », décrit le président du RCD.

« Deux d’entre eux nous annonçaient qu’on allait être libérés en quelques minutes surtout après l’arrivée d’un officier qui paraissait être porteur d’un ordre de la hiérarchie et qui nous a demandé si tout c’était bien passé. Ma réponse par la négative, lui précisant qu’il s’agit d’une arrestation illégale et arbitraire l’a quelque peu irrité », raconte Mohcine Belabbes.

« Une vingtaine de minutes plus tard, un autre agent se présente pour nous sous-entendre qu’on a été arrêté en compagnie de Smaïl Lalmas. Ce que nous avons réfuté, convaincus qu’une manœuvre était en préparation », indique-t-il en outre.

Arrêté également alors qu’il exerçait son métier en couvrant la manifestation, le journaliste Khaled Drareni a relaté son témoignage dans un article publié sur le site d’information Twala.

« Dans le même commissariat où nous avons été retenus pendant huit heures, quatre manifestants portaient les stigmates de violences sur le corps. L’un d’eux, à peine 20 ans, avait le nez fracassé et le pied immobilisé », rapporte le journaliste, qui estime que la place du manifestant « était manifestement à l’hôpital et non au commissariat », précisant qu’il « a fallu qu’un autre manifestant se démène pour lui procurer une chaise ».

« Comment un chômeur peut-il se permettre de porter un polo Ralph Lauren »

« Interpellée avec brutalité, [la journaliste] Kenza Khattou portait également des traces visibles de violence sur son corps. C’est le cas aussi de Riad Kramdi, photographe de l’AFP », rapporte Khaled Drareni.

Khaled Drareni évoque par ailleurs l’interrogatoire qu’il a subi de la part de la police, durant laquelle le policier questionne le choix vestimentaire du journaliste.

« Me voilà à raconter toute ma vie, les écoles que j’avais fréquentées, mes diplômes, ma carrière professionnelle et même la source de mes revenus », décrit M. Drareni. Le policier lui a dans ce contexte demandé « comment un chômeur peut-il se permettre de porter un polo Ralph Lauren ».

« Kenza [Khattou] n’a rien fait de répréhensible, mais en Algérie, cela ne veut rien dire, elle est responsable de ce qui lui arrive. Elle est coupable d’avance, car elle veut exercer son métier de journaliste selon les règles universelles du métier et non sur le mode spécifique des médias officiels et parapublics algériens », dénonce Khaled Drareni.

« Kenza est coupable d’avoir choisi librement et honnêtement ce méchant métier de journaliste », déplore celui qui a été condamné à deux ans de prison pour avoir exercé ce même métier.

Le PT dénonce : « Trop, c’est trop »

Dans le même cadre, le Parti des Travailleurs (PT) a dénoncé ce samedi la répression policière qui s’est abattue la veille sur les manifestations pacifiques. « Trop c’est trop », fustige le parti de Louisa Hanoune.

« La répression d’une extrême violence qui  a ciblé la quasi-totalité des wilayas où des citoyens sont sortis manifester pacifiquement comme ils le font depuis deux ans, est intolérable », dénonce le PT qui estime que « l’arrestation de centaines de citoyennes et citoyens dont des journalistes, des responsables politiques, consacre et institutionnalise la criminalisation et la judiciarisation de la pratique politique et de l’exercice de la profession de journaliste ».

« Cette marche effrayante à la ‘birmanisation’ de notre pays est un danger mortel pour notre pays, pour son intégrité et sa souveraineté. Ce glissement dangereux est indigne de notre pays. Il le pousse dans la zone de très hautes turbulences », met en garde le Parti des Travailleurs, qui appelle à la « libération immédiate de la journaliste Kenza Khattou et de tous les citoyen(ne)s arrêté(e)s pour participation aux marches ou à cause de leurs positions politiques. »

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